13 novembre 2007
FLEUR

20 octobre 2007
L'ADN DES POLYGAMES
L’ADN des polygames
Une tribune de Serge Bilé, journaliste et écrivain
A l’heure où la France cherche à réduire ses dépenses
publiques, il est surprenant que ses députés et sénateurs gaspillent l’argent
des contribuables dans un interminable débat sur le regroupement familial, dont
on connaissait, par avance, l’issue.
Car, que
révèleront les tests ADN, qu’on ne sache déjà ? D’abord que « l’homme
africain n’est pas assez entré dans l’histoire », d’où son retard ;
ensuite qu’il reste, même loin de sa base, un indécrottable
« polygame », d’où les émeutes en banlieues ; enfin que la
violence est « culturelle » chez les Noirs, d’où leur incapacité à
s’intégrer ; sans oublier qu’il y a « trop de Blacks chez les
Bleus », d’où leur défaite à la dernière coupe du monde de football !
S’ils s’étaient dispensés de ce débat, ces parlementaires
auraient pu, avec les économies réalisées, enrichir la bibliothèque de
l’Assemblée nationale et du Sénat, voire celle de la présidence de la
République, de quelques ouvrages essentiels, pour les aider à combler leurs
lacunes sur l’Afrique, dans la perspective des futures lois sur l’immigration
qu’ils ne manqueront pas de voter à nouveau.
Ils auraient pu, ainsi, acquérir le récent livre de
l’historien anglais Hugh Thomas, La Traite des Noirs, qui rappelle,
opportunément, qu’au, Moyen-âge, donc bien avant l’esclavage et la colonisation
qui l’ont affaiblie, « l’Afrique de l’ouest travaillait le fer et l’acier
comme l’Europe au 13ème siècle avant l’utilisation de la force
hydraulique », et que « la plupart des foyers africains avaient des
couteaux, des épées, des haches et des houes de ce métal ». L’évidence
même !
Ils auraient pu se procurer, également, les fameuses Descriptions
de l’Afrique, du voyageur andalou Léon l’Africain, qui visita Tombouctou,
en 1526, et s’enthousiasma pour cette cité florissante et moderne, traversée
« par des canaux », servant à recevoir l’eau du fleuve Niger en cas
de crue. Un tiers des 70 à 80.000 habitants de la ville était des étudiants
« pleins d’ardeur pour la science et pour la vertu ».
Ils fréquentaient l’université de Sankoré, dont le niveau
des enseignements n’avait rien à envier aux facultés de Cordoue, Damas,
Grenade, ou du Caire, comme en témoigne la surprise d’un lettré arabe, arrivé
de la Mecque pour occuper une chaire de droit. « Il se fixa à Tombouctou
et trouva cette ville remplie d’une foule de jurisconsultes soudanais. Aussitôt
qu’il s’aperçut que ceux-ci en savaient plus que lui en matière de droit, il
partit pour Fez, s’y adonna à l’étude du droit, puis il revint se fixer de
nouveau à Tombouctou ».
Faut-il, par ailleurs, rappeler, que L’Afrique noire
connaissait, à cette époque, pas moins de… sept systèmes d’écritures qui, pour
des raisons historiques, n’ont pas eu le développement de ceux des peuples asiatiques
et européens : les écritures arako et nsibidi du Nigéria, giscandi du
Kenya, ou encore mende de Sierra-Leone, pour ne citer qu’elles.
La période précoloniale fut faste pour l’Afrique
Faut-il, également, souligner, que c’est au Congo, que
l’archéologue belge, Jean de Heinzelin de Braucourt, a découvert, en 1950, la
plus ancienne calculette préhistorique, connue, aujourd’hui, sous le nom de
bâton d’Ishango ? Il s’agit d’un petit os, datant de 20.000 ans av J.C.,
sur lequel figure une série de nombres, et qui prouve que les Africains
maitrisaient les mathématiques bien avant tout le monde.
S’ils s’étaient dispensés de ce débat, ces parlementaires
auraient pu, aussi, acheter et lire Voyages dans l’intérieur de l’Afrique
de Mungo Park, cet aventurier écossais, qui sillonna le continent noir au
XVIIIe siècle. Il a fourni de précieuses indications sur les connaissances
médicales des « Nègres » qu’il rencontra, et qui se révélèrent
« meilleurs chirurgiens que médecins », tant ils excellaient
« dans le traitement des fractures et des dislocations », savaient
guérir les fièvres, par des bains de vapeur, et soigner la cataracte.
La lecture de ces livres, et de quelques autres, montre
bien que la période précoloniale fut, pour le continent noir, une période faste,
marquée par un bouillonnement culturel, un développement économique et une
stabilité politique, incarnés, notamment en Afrique de l’ouest, par trois
grands empires, celui de Ghana, de Mali, et du Songhaï, qui égalaient, en
puissance, leurs lointains voisins arabes et européens, avec lesquels ils
entretenaient des relations suivies. Leurs monarques étaient, d’ailleurs, sur
bien des plans, en avance sur leur temps :
* Soundiata Kéita fit adopter, au 13ème siècle, une charte
des droits de l’homme et du citoyen, la fameuse charte de Kouroukan Fouga,
dont l’article 16 stipulait, déjà, que « les femmes, en plus de leurs
occupations quotidiennes, doivent être associées à tous nos
gouvernements ». * Aboubekr II entreprit de traverser l’Atlantique et de
rallier l’Amérique, bien avant Christophe Colomb, comme le rapporte l’auteur
égyptien du 13ème siècle Al-Omary. * Mohamed Aboubakr créa, dès le 16ème
siècle, une armée de métier et un ministère de… l’intégration pour les
étrangers, arabes et européens, qui venaient dans le pays.
Il y eut, justement, parmi ces étrangers, un voyageur
français, du nom de René Caillié. En route pour Tombouctou, il fit une halte à
Djenné, le 11 mars 1828, et découvrit, en même temps que l’hospitalité du lieu,
l’histoire de cette île, dont le fondateur, le sultan Konboro, s’était converti
à l’islam, au douzième siècle. Il avait, à cette occasion, demandé,
expressément, aux oulémas, les docteurs de la loi, de prier Dieu d’accorder au
moins deux choses à sa ville.
La première : « Que, celui qui, chassé de son
pays par l’indigence et la misère, viendrait habiter cette ville, y trouvât en
échange, grâce à Dieu, abondance et richesse, de façon qu’il oubliât son
ancienne ». Et la seconde, encore plus étonnante : « Que la
ville fut peuplée d’un nombre d’étrangers supérieur à celui de ses
nationaux ».
Ce n’est pas aujourd’hui qu’on entendrait ça !!!
Serge Bilé
A découvrir sur : http://www.afrik.com/article12671.html
10 octobre 2007
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07 octobre 2007
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